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La route traversant l’Alaska est très longue et reculée. 2 000 km de route cahoteuse en gravier séparent Edmonton de Whitehorse et tout me semble plus long dans mon vieux Toyota '86. Mais il vaut chaque galon d’huile qui boit, car il m’amène à des places que je n’aurais jamais pu penser aller.

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par Jeff Spackman

Après un après-midi seul sur la route, j’étais enfin prêt à socialiser, j’ai donc embarqué Jeramie, un auto-stoppeur venant de l’Est. Sa barbe était plus grande que la mienne et je pouvais avouer qu'il était meilleur que moi à l’entretenir. Sa pancarte disait, «Chaque lift compte». Pendant qu’on roulait, on a commencé à parler - pour ne pas dire «crier» par-dessus le son du moteur - des endroits où nous avions été et les choses que nous avions vues. Nous avons parlé de nos familles, d’où on venait et de la façon qu’on concevait de vivre. Il voyageait assez léger, mais il avait tout de même apporté avec lui les 2 cannes de sirop d’érable que sa mère lui avait donné pour lui rappeler sa maison.

Avec du recul, je suis impressionné par la capacité de Jeramie de se lancer et de faire confiance à l’inconnu. Il ne savait pas où était son prochain lift, ou si la température allait rester de son côté. Il croyait en lui-même et en les autres. Il est persuadé qu’il vit ainsi, parce qu'il n'a pas peur de la mort.

Nous sommes rapidement devenus amis. Je pense qu'il est difficile de ne pas connecter avec une personne avec une telle passion pour la vie. Tout est contagieux chez lui. Pour notre première nuit, nous avons trouvé un endroit pour camper, proche d’un lac dans le nord de la Colombie-Britannique. Il était agréable de pouvoir discuter dans un silence, sans que le moteur diesel nous interrompt. Nous installions le campement sur le bord de l’eau, quand nous avons aperçu les aurores boréales de l’autre côté du lac. Nous avons parlé durant des heures, pendant que les filets de lumière verts et violets dansaient au-dessus de nos têtes. J'ai pris quelques photos, et elles sont dans mes préférés des aurores boréales.

On a repris la route et la température n’était pas de notre côté, mais nous nous sommes arrêtés souvent pour explorer les environs. Nous sommes finalement arrivés à Whitehorse et c’est là que nos chemins se sont séparés. Ce fût un long trajet en voiture et nous étions tout les deux fatigués. Juste avant de repartir, il fouilla dans son sac et me tendit quelque chose. Je ne m’attendais à rien de sa part. C’était une grosse canne de sirop d'érable.

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